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Ousmane Kaba fait le grand déballage : « ce qui m’a opposé au Pr Alpha Condé… » (Interview)

CONAKRY- Qu’est-ce qui est à l’origine du divorce entre le Président Alpha Condé et Dr Ousmane Kaba ? Une réconciliation est-elle possible entre les deux anciens collaborateurs ?

Dr Ousmane Kaba, le père de création du RPG arc-en-ciel ne cache pas son regret d’avoir fondu son parti « PLUS » au sein du RPG. Dans la deuxième partie de cette interview qu’il nous a accordée, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances revient sur les causes profondes de son désaccord avec le Chef de l’Etat. Avec Dr Kaba, nous avons également abordé plusieurs autres sujets liés à l’actualité sociopolitique du pays. Lisez…

Africaguinee.com : votre soutien au président Alpha Condé, à quel moment vous vous êtes dit, la limite à ne pas franchir est atteinte et qu’il fallait que vous preniez du recul ?

Lorsque j’ai émis des avis en disant simplement que je suis un économiste professionnel. J’ai dit pour qu’il y ait croissance économique en Guinée  basé sur l’agrobusiness il faudrait que le gouvernement mette des barrages à l’intérieur du pays notamment en Guinée-Forestière et en Haute-Guinée, ça été la cause de la dissension. Ce qui va simplement dans le sens du bon sens (…), vous ne pouvez pas avoir de l’agro-Business qui se développe et l’agriculture, vous savez le développement de l’Agriculture est lié au secteur de l’agro-business qui forme des débouchées naturelles sans qu’il y ait de l’électricité dans ces zones de production. C’est vraiment le bon sens. Ça fait scandale à l’époque, en 2016 cela a été la première cause  des frictions entre la mouvance et nous.

J’étais déjà à la mouvance présidentielle du RPG-Arc-en-ciel, donc j’ai estimé qu’il y a trop d’intolérance. La seconde raison, c’est lorsque le Président de la République a tenu des propos à connotation ethnique, j’ai tiré la sonnette d’alarme parce que c’est notre rôle d’intellectuel de ne pas pousser un pays à la division et à la guerre civile. Cela a provoqué beaucoup  de désastre dans assez de pays (…), là aussi, nous nous sommes opposés, c’est à partir de là qu’il y a eu une vague de répression (…), notamment j’ai été exclu du parti quelques jours après notre prise de position. Nous étions trois mais j’ai été le plus sanctionné et ensuite j’ai été demis de toutes mes fonctions à l’Assemblée Nationale, j’ai été demis de ma position de député au parlement Europe-Afrique-ACP.

Mais je n’ai pas créé le PADES pour des raisons personnelles  ou des raisons de vengeance, ça n’a pas de sens. Ce n’est qu’un an plus tard que nous avons été approchés par beaucoup de partis qui voulaient que nous prenions la tête et finalement nous avons décidé de le faire avec le parti RDI. Mais nous avons demandé ensuite de changer le nom, d’où tous ces problèmes. Mais c’est un parti qui est agrée  et qui existe depuis 2012 et à ce que je sache l’agrément n’a pas été annulé. Il n’y a aucune possibilité juridique d’améliorer  un parti qui existe (…), jusqu’à présent ça ne se fait  pas. La loi ne le permet pas.

Parmi les trois qui aviez  tiré la sonnette d’alarme, vous êtes le seul qui n’arrivez pas à conjuguer le même verbe avec le président Alpha Condé. Qu’est-ce qui selon vous expliquerait  cette prise de position, est-ce qu’il y avait des antécédents ou qu’est ce qui rend les choses un peu difficiles pour une éventuelle réconciliation ?

Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, nous avons beaucoup d’adversité autour du Président de la République et beaucoup de conseillers qui n’ont pas intérêt à ce que nous nous entendions. Je pense qu’assez de gens tirent les ficelles autour du Président de la République.

 Lesquels par exemple ?

Je n’en sais absolument, mais ce que je puis vous dire, ce qu’il est toujours difficile et souvent ça ne se justifie vraiment pas. Vous savez moi je ne suis pas un politicien professionnel et peut être ma manière de m’exprimer  qui est très directe, je suis venu très tard à la politique, je suis un économiste et mon seul souci c’est de développer la Guinée. Je ne rentre pas dans des batailles  ou des politiques politiciennes  (…), ce n’est vraiment pas ma spécialité.

Est-ce que ce n’est pas parce que vous partagez aussi le même grenier électoral qui est la Haute-Guinée ?

Ecoutez, je n’en sais rien, mais ce qui est évident, le PADES a beaucoup de succès en Haute-Guinée et tout comme nous avons beaucoup de succès dans autres régions naturelles. Vous savez nous nous efforçons de faire avec des amis un parti national Certes le PADES est actif en Haute-Guinée  mais nous le sommes aussi en Forêt, à Labé nous avons un très bon représentant qui est en train de faire un magnifique travail ; c’est pareil en Basse-côte. Mais le PADES ne dérange pas que le parti au pouvoir, il dérange tous les autres partis aussi.

Comment comptez-vous aborder les prochaines échéances électorales, notamment celles locales prévues en Février prochain ?

Tous les partis politiques ont pour vocation de participer aux  élections pour conquérir le pouvoir. Voilà le principe. Certes dans la réalité nous sommes un nouveau parti, nous sommes en train de faire nos consultations avec nos militants et ce sont eux qui vont exprimer dans les différentes zones du pays leur intention de se présenter aux élections locales lorsqu’ils se sentent assez forts. Le rôle du parti ce sera de les accompagner  et donc nous sommes dans ce processus de concertation.

Allez-vous, vous prêtez aux jeux des alliances ?

Je n’exclue absolument rien et je ne précipite rien du tout et tout dépendra du contenu des alliances et de l’avis de nos militants. Un parti politique n’est pas une aventure personnelle, surtout le PADES est un parti de jeunes venus de toute la Guinée qui s’investissent dans notre parti. Il faut leur demander leurs avis.

Seriez-vous prêt à aller avec un parti comme l’UFDG dirigé par Cellou Dalein que vous connaissez bien ?

Premièrement il faut savoir que je n’ai aucun problème personnel avec un leader guinéen. Et je vous dis qu’en politique on n’exclut jamais rien. Mais comme je dis tout dépendra du contenu de cette alliance et de la position des différents militants. Cellou Dalein c’est un ami , Lansana Kouyaté aussi, le président Sidya Toué, Mamadou Diawara, j’ai de bonnes relations avec toutes ces personnes qui sont soit des amis de longue date comme Cellou ou bien des grand-frères, des jeunes frères.

Moi je considère la Guinée comme une famille, ce n’est pas du tout la même conception comme beaucoup de gens. Il n’y a surtout pas de zones réservées en politique. Toute la Guinée appartient à tous les politiciens de Guinée, c’est ce qui doit se faire et il faut que nous commencions à travailler sur une base nationale et non sur une base régionale ou autre. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont les problèmes de tous les guinéens.

Quand vous regardez le programme de société de notre parti, c’est de résoudre le problème des infrastructures de toute la, Guinée. C’est un problème commun, c’est approfondir le processus démocratique, c’est résoudre le problème de l’emploi jeune, mais c’est un problème commun à tous les guinéens. C’est peut-être pour cela que nous avons des adhésions  partout.

L’actualité c’est aussi la démission du président du Zimbabwe Robert Mugabe après 37 ans au pouvoir. Qu’est-ce que cela vous inspire en tant que leader politique ?

Trente-sept ans déjà c’est trop pour un homme quelque soit votre intelligence, l’être humain n’a pas la capacité de se renouveler sur une si longue période. L’alternance est un point crucial de toute démocratie. Il n’y a pas de démocratie sans alternance et  ce n’est pas une propriété privée qu’on transmet à sa femme ou à ses enfants ; ce n’est pas une royauté.

Le président Mugabe mérite du respect parce qu’il a beaucoup apporté aux zimbabwéens, d’abord dans la lutte de libération mais ensuite dans l’émancipation économique. Il ne faut jamais l’oublier, il a fait une grande réforme foncière qui fait école même si les résultats ne sont pas encore au rendez-vous puisque c’est un long processus.  Donc c’est un héros mais en même temps les héros se transforment en despote avec le temps, c’est ce qui est arrivé et je crois que c’est une bonne chose que la classe politique se renouvelle.

Si vous faites un parallèle avec le cas de la Guinée, est-ce que selon vous cela devrait inspirez un peu le président Alpha Condé qui ne s’est pas encore prononcé sur une éventuelle candidature en 2020 ?

La vérité est que la situation est différente puisque le président qui est là ne s’est pas encore accroché au pouvoir. Vous savez qu’il n’a jamais dit qu’il sera candidat au-delà de 2020. Je crois qu’il faut éviter aussi de faire des procès d’intention. Attendons qu’il nous dise ce qu’il souhaite faire au-delà de 2020 et nous en discuterons.

Est-ce que vous êtes pour le respect de la constitution ?

Par définition, la constitution c’est un repère pour toute nation. Mais encore une fois le président Alpha Condé n’a jamais dit qu’il est candidat en 2020. Donc nous considérons que la constitution sera respectée jusqu’ à preuve de contraire. C’est trop tôt de faire des procès d’intention. Il faut être très prudent pour cette question, moi je n’ai jamais entendu faire cette déclaration.

Un dernier mot ?

C’est un mot d’espoir que je lance aux guinéens et un mot d’unité nationale. Nous avons deux objectifs majeurs, celui d’approfondir la démocratie, continuer le combat pour la liberté parce que ce n’est  jamais une donnée achevée. Même pour les vieilles nations démocratiques on continu à se battre pour la liberté. Deuxième objectif celui de la promotion du développement économique et social du pays. Le développement économique n’est pas un concept mais une réalité de tous les jours. Comment faire pour avoir suffisamment d’infrastructures dans toute la Guinée et comment faire pour que nos milliers de jeunes chaque années puissent avoir du travail ; c’est cela notre préoccupation essentielle. Et je pense que cela doit être l’agenda des politiciens de la deuxième  génération étant donné que la première nous a déjà donné l’indépendance et à nous de faire le développement économique.

Mais nous ne pouvons pas le faire dans l’instabilité politique ou la désunion dans un pays. Il faut que les guinéens soient unis, c’est cela qui est la première condition du développement économique de ce pays. Nous nous sommes des spécialistes du développement économique, ça nous savons le faire mais il faut que tout le monde se donne la main pour que nous ayons un pays apaisé.

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

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