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Bras de fer État- Médias privés : une fausse solution à un vrai problème

L’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) a entamé une opération de fermeture des médias non en règle vis-à-vis de l’État. Sous d’autres cieux, l’on aurait applaudi des deux mains. Tant la démarche paraît normale et salutaire.

Que l’opposition parle de règlement de compte, que l’opinion parle de chasse aux sorcières, que les patrons des radios parlent d’agenda caché, ce sont des arguments qui tiennent peu ou pas. De son côté, l’État, bien qu’ayant raison, doit savoir raison garder.

Personne n’est contre que l’ARPT réclame aux radios et télévisions privées, l’argent qu’on lui doit. C’est dans son plein droit de le faire. Mais à partir du moment où le patronat des radios privées a reconnu le montant incriminé, soit six milliards de francs contractés depuis 2009, c’est déjà un grand pas. Le problème ne devrait plus se poser. La solution, c’est de trouver une bonne formule qui arrangerait les deux parties.

Ce qui est mauvais dans la démarche de l’État, c’est de fermer les radios pour espérer récupérer son dû. Or, même Toto le sait, c’est quand elles tournent, qu’elles peuvent faire des profits pour assurer les charges courantes et songer à payer leur dette.

Autrement dit, fermer les médias pour non-paiement de la redevance est une fausse solution à un vrai problème. En la matière, l’État guinéen est mal placé pour donner des leçons aux médias. C’est un mauvais payeur, qui traîne des grosses casseroles. Nous le démontrerons plus loin.

C’est l’avis du député Ousmane Gaoual Diallo. « La fermeture des radios ne va rien apporter à l’État. Au contraire, elle va affaiblir de plus sa marge de manœuvre financière. Du coup, les risques de liquidation sont plus grands. Économiquement, c’est une aberration. Fermer les radios, c’est une mauvaise solution. C’est bête économiquement. L’État aurait pu, simplement, faire un échéancier permettant au médias de faire face à ses charges courantes mais aussi à faire des remboursements  ».

La preuve, en avril 2017, le Gouvernement du premier ministre Youla a rendu public les conclusions de l’audit portant sur la dette intérieure. Un audit portant principalement sur les transactions économiques au titre d’acquisition de biens et services et réalisation de travaux sur la base de contrats ou de simples factures pour le compte de l’État en attente de paiement.

Sur une dette totale pré-identifiée par la Direction Nationale de la Dette de 28 149 milliards de francs guinéens (GNF), l’audit à l’issue de cette mission a ramené ce montant à 2 194 milliards de francs, soit 365 fois ce que notre État, si exemplaire, si irréprochable, réclame aux médias privés.

Or, selon les spécialistes, le non-paiement de cette dette intérieure paralyse de nombreuses entreprises locales et fragilise l’économie nationale. Lors d’une rencontre, en juin 2016, le Premier ministre, Mamady Youla, l’avait reconnu à Conakry devant Carlos Lopez, secrétaire exécutif de la Commission économique africaine.

« La dette intérieure, c’est une dette qui a été accumulée au fil des nombreuses années. Aujourd’hui, il y’a un stock de dette intérieure qui se matérialise sous forme d’arriérés parce qu’il n’a pas été payé normalement ou, pour certains, des instruments financiers ont été mis en  place par l’État, qui sont en train d’être payés progressivement. Pour ce qui concerne l’année dernière en particulier, puisque le traitement était un peu différent, il y’a un stock d’impayés lié aux problèmes budgétaires auxquels le gouvernement a été confronté. Mais un mécanisme est en place aujourd’hui pour commencer les remboursements », avait-il dit.

C’est à se demander si c’est ce même État, endetté jusqu’au cou, escorté des gendarmes, qui remue terre et ciel, aujourd’hui, pour procéder à la fermeture des petits médias pour des miettes ?

Cela est d’autant vrai que l’État a des arriérés vis-à-vis de la BCRG, de la SOTELGUI, des universités privées, de la SOTRAGUI, de l’EDG, et de nombreuses entreprises locales ou des fournisseurs.

En décembre 2017, par exemple, la compagnie de transports publics est à l’arrêt depuis  six mois et demi. Aucun bus de la Sotragui ne circule. Le directeur reste introuvable, il a été suspendu suite à une mauvaise gestion des fonds publics, selon les autorités. Les subventions de l’État ont été coupées. En conséquence, les 700 travailleurs ne sont pas payés depuis presque cinq mois. Là, notre grand Etat ne lève pas le petit doigt, à plus forte raison broncher un mot.

La remarque est si pertinente que lors de la cérémonie de clôture de la session extraordinaire de l’Assemblée Nationale le mardi 12 décembre dernier, Claude Kory Kondiano, a particulièrement insisté sur certaines de ses recommandations parmi lesquelles figure en bonne place le paiement des prestations des Universités privées.

« L’Assemblée Nationale insiste sur sa recommandation de paiement des arriérés dus aux Universités privées et sa recommandation d’augmentation des investissements en faveur des Universités publiques dont les capacités d’accueil doivent être augmentées et améliorées», a déclaré le Président Claude Kory Kondiano.

Alors, question pour un champion : que veut, sincèrement, notre grand Etat en fermant nos petits médias ?

 

 

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