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LE BILLET DE LA SEMAINE

Conakry, ville propre ! L’Arlésienne

« Conakry, ville propre » est le nom donné aux campagnes d’assainissement initiées par le nouveau gouvernement dirigé par M. Ibrahima Kassory Fofana. Celles-ci ont été conduites par le Premier Ministre lui-même et par le Ministre des Travaux Publics qui, au sens premier du terme, ont mis la main dans le cambouis en nettoyant quelques ordures jonchant le long des trottoirs de la capitale. Se faisant face caméras, ces opérations de nettoyage ont déclenché une série de sentiments divers chez les Guinéens dont une grande majorité estime qu’il s’agit d’une mise en scène politique. Le soupçon d’une séquence de com’ (comme on le dit) de l’exécutif est compréhensible tant la question de l’insalubrité publique en Guinée, à Conakry en particulier, reste insoluble depuis plusieurs années. D’ailleurs, de mémoire d’habitants de Conakry, le slogan « Conakry, ville propre » avait déjà été utilisé… pour des résultats peu probants.

L’on se souvient encore, il y a un an, de l’appel écœuré du très respecté Cardinal Robert Sarah, ancien Archevêque de Conakry suite au drame survenu à Dar-Es-Salam, un quartier sur les hauteurs lointaines de Conakry où au moins sept personnes perdirent la vie dans un éboulement d’ordures sur leurs habitations. Les riverains se sont ainsi plaints d’une mauvaise gestion de la décharge qui jouxtait les maisons des victimes. Plus généralement, la gestion des ordures et des eaux usées à Conakry pose de véritables problèmes d’urbanisme, au-delà de la seule question de l’hygiène publique. Absorber une population de deux à trois millions d’habitants sur une presqu’île est un défi considérable pour les pouvoirs publics.

Conakry, capitale symptomatique de la défaillance du système de gestion des ordures, est devenu un gros faubourg confronté à une pression démographique de plus en plus forte sur fond d’absence totale de mesure d’aménagement du territoire. Partant, toutes les difficultés urbaines s’en trouvent amplifiées. Des habitations anarchiques, réponse inadaptée à la crise du logement, aux difficultés de transports publics entraînant une explosion de véhicules de particuliers, constituant des colonnes de moteurs chauffés dans des embouteillages sur des routes étroites. L’absence d’espaces verts et de terrains de jeux accentuent le désarroi des familles aux prises avec les affres de la précarité. Aucune réponse efficace n’est apportée à cette surchauffe environnementale et sociale.

L’Episode d’Ebola a éclairé d’un jour nouveau la nécessité d’une ingénierie adaptée pour viabiliser nos villes afin de gérer une crise d’un nouveau genre – mêlant politique de la ville et santé publique – aux coûts sanitaires et économiques importants. Par exemple, la Banque Mondiale évalue à plus de 4 milliards d’euros annuels, le coût des impacts économiques du manque d’assainissement sur les économies de certains pays d’Afrique dont la Guinée.

Néanmoins des marges de manœuvres existent, en particulier financières. Il faut les saisir. L’Etat guinéen dans le cadre du Fonds national de relance et de résilience post-Ebola (FNRPE) projetait une mobilisation financière à hauteur de 500 millions de dollars supplémentaires. Parmi les cinq secteurs visés par le financement, figurait en bonne place, la gestion de l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Mieux, en 2014, l’Agence française de développement (AFD) a consacré près de 200 millions d’euros à des projets d’assainissement en Afrique. Notre pays ne profite pas assez de ces fonds disponibles au regard de l’acuité de nos problèmes en la matière. A titre de comparaison, le Sénégal a bénéficié d’une enveloppe de 45 millions de dollars de l’USAID pour un plan quinquennal de projets dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène.

Le Premier Ministre a évoqué lors de l’émission consacrée aux 100 jours de son arrivée à la Primature l’aide apportée par l’UE à la Guinée dans le domaine de la salubrité publique. Des financements pour la sensibilisation des populations, la création de 89 points de regroupements des ordures et la mise en place d’un site de décharge, déjà identifié, d’environ 100 hectares.

Toutes ces mesures doivent être renforcées et amplifiées, notamment dans le cadre d’accords et de partenariats bilatéraux. La Guinée peut ainsi s’inspirer d’exemples concrets ayant donné satisfaction dans des différents pays africains. Le Burkina Faso dispose depuis plus de vingt ans de stations de traitement et de vidange des eaux usées. Au Maroc, à Casablanca, il existe un système de canalisation des eaux usées directement rejetées à la mer. Conakry qui est une presqu’île se prêterait bien à cette technique. Aussi, notre capitale avec ses nombreuses façades maritimes (Téménetaye, Tombo, Camayenne, Boussoura, Rogbane…) pourrait expérimenter un programme de dépollution des plages et des corniches en vigueur au Sénégal. Les enjeux des projets d’assainissement vont au-delà de la salubrité publique. Les politiques de recyclage des déchets ouvrent de nouvelles perspectives d’emplois dans nos pays où le chômage est endémique.

D’ici là, la propreté de nos villes et de nos campagnes, moins impactées, ne se fera pas seulement à coup de millions d’euros, il faudrait articuler aux projets infrastructurels, un travail de pédagogie et de sensibilisation auprès des populations dont une partie fait preuve au mieux d’inculture et de méconnaissance des risques encourus, et au pire d’incivilité ou d’irresponsabilité dans la gestion des ordures ménagères. Il faudrait tenir les deux bouts de la chaine car les enjeux sont cruciaux tenant à notre santé et celle de nos enfants. Après quoi, le slogan « Conakry, ville propre » deviendra enfin une réalité.

                                                                       Sayon Dambélé, dambelesayon@yahoo.fr

 

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