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Report de la grève à l’aéroport de Conakry, combat des Forces Sociales et des Syndicats : Chérif Abdallah se confie

Bien qu’il soit membre des Forces Sociales de Guinée qui combattent contre la hausse du prix du carburant en Guinée, Chérif Mohamed Abdallah, le président du GOHA, a désavoué publiquement l’avis de grève lancé récemment par les travailleurs de l’aéroport de Conakry qui avaient prévu de fermer l’espace aérien guinéen à partir de ce jeudi, 02 août 2018. Mais finalement, ces travailleurs ont décidé de reporter leur grève en raison des départs des pèlerins musulmans et chrétiens.

Ils rejoignent ainsi la position du président du groupe organisé des hommes d’affaires qui craignait que cette grève ne perturbe le voyage des pèlerins guinéens. Chérif Mohamed Abdallah a salué donc la décision du syndicat de l’aéroport au cours d’une interview qu’il a accordée ce jeudi, 02 août 2018 à Guineematin.com, évoquant aussi le combat que mènent les Forces Sociales de Guinée et les Syndicats contre la hausse du prix du carburant décidée par le gouvernement.

Guineematin.com : récemment, vous avez exprimé votre opposition à la grève annoncée par les travailleurs de l’aéroport de Conakry parce que vous pensiez que cela risquait d’entraver le voyage les candidats au hajj pour les lieux saints de l’islam. Finalement, ces travailleurs ont décidé de reporter leur grève pour permettre aux pèlerins musulmans et chrétiens d’effectuer le déplacement. Quelle est votre réaction suite à cette décision ?

Chérif Mohamed Abdallah : je suis très content de cette décision parce que le syndicat a compris notre préoccupation et a décidé de surseoir pour le moment à la grève. Nous les remercions d’avoir suspendu leur mouvement de grève pour permettre aux pèlerins de voyager tranquillement et nous les félicitons pour cette décision salutaire. C’est vrai que nous ne sommes pas opposés à la grève, au contraire. C’est juste le moment que nous avons trouvé inopportun. Parce que si quelqu’un se débrouille pendant plusieurs années pour trouver de l’argent pour aller faire le pèlerinage à la Mecque, en tant que musulmans pratiquants, si nous perturbons cela nous ne serons pas à l’aise. C’est pourquoi nous avons souhaité le report de la grève et c’est ce qui est fait.

Guineematin.com : il y a par contre certains qui pensent que le moment était vraiment opportun parce que cette grève allait obliger le gouvernement à écouter les syndicalistes pour éviter que les pèlerins ne soient empêchés de voyager. N’est-ce pas vrai ?

Chérif Mohamed Abdallah : bon, peut-être qu’ils ont raison je ne sais pas. Mais c’est ce que je sais, c’est que les pèlerins ont les mêmes problèmes que nous autres, nous sommes tous confrontés à cette hausse du prix du carburant. Donc, je pense qu’il était vraiment nécessaire de surseoir à ce mouvement pour leur permettre de partir effectuer leur pèlerinage pour ne pas qu’ils soient doublement victimes. Quand ils finiront de partir, nous pourrons aller en grève et maintenir la pression sur le gouvernement afin qu’il revienne sur sa décision d’augmenter le prix du carburant. Parce que quand il y a de l’injustice, tout le monde doit se donner la main pour lutter contre cette injustice.

Guineematin.com : vous ne pensez pas que si les syndicalistes de l’aéroport décidaient de maintenir cette grève le gouvernement aurait pu se bouger et aller dans le sens d’une solution consensuelle ?

Chérif Mohamed Abdallah : vous savez, il y a plusieurs moyens d’amener le gouvernement à écouter la population sans pour autant perturber le voyage des pèlerins. Nous, nous pensions que le déclenchement d’une grève à l’heure actuelle allait empêcher les pèlerins qui n’ont pas encore bougé de partir, c’est pourquoi nous avons souhaité le reporter du mouvement et nous nous félicitions qu’il ait été reporté. Maintenant, nous pourrons voir après ce qu’il y a lieu de faire pour nous faire entendre parce que nous menons tous ce combat contre la hausse du prix du carburant.

Guineematin.com : vous, vous êtes membre des Forces Sociales de Guinée, composées majoritairement d’activistes de la société civile, vous avez mené un mois de combat contre la hausse du prix du carburant sans succès pour le moment. Est-ce qu’à l’allure où vont les choses vous pensez que ce combat va aboutir, est-ce que vous êtes vraiment optimistes aujourd’hui ?

Chérif Mohamed Abdallah : nous avons dit que dans tout ce que nous devons faire, il faut qu’il y ait la concertation et il faut qu’il y ait la constance. C’est seulement ainsi que nous pourrons aboutir à une issue heureuse dans ce combat. Nous, on ne va pas accepter de clignoter à gauche et aller à droite. Et si parmi nous il y a des gens qui le font, nous n’allons pas cautionner cela. Donc pour réussir, nous souhaitons qu’il y ait plus de concertation, du respect de tout le monde et bien sûr de la transparence dans tout ce que nous faisons.

Guineematin.com : vous voulez dire que tout cela manque aujourd’hui au sein des Forces Sociales ?

Chérif Mohamed Abdallah : je voudrais dire d’améliorer l’image des Forces Sociales de Guinée. Si on est à 100% propre, le peuple nous fera confiance et notre combat pourra ainsi porter fruit. Donc, si nous faisons les choses sérieusement en nous respectant et en respectant les autres, je pense qu’on pourra réussir.

Guineematin.com : il y a eu quand même une coalition entre les Forces Sociales et les syndicalistes qui ont décidé d’unir leurs forces pour mener ensemble désormais le combat, vous pensez que ça va donner un coup de pouce à la lutte en cours et ça va amener le gouvernement à reculer ?

Chérif Mohamed Abdallah : on va mieux se concerter. C’est tout ce que je puis dire pour le moment à ce sujet. On va mieux se concerter et voir ce qu’il y a lieu de faire pour rendre notre lutte plus efficace.

Guineematin.com : il y a quand même les négociations qui reprennent ce jeudi matin même entre le gouvernement et les syndicats, et cette fois les Forces Sociales sont concernées par ces négociations puisqu’elles travaillent désormais avec les syndicalistes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Chérif Mohamed Abdallah : là où je suis assis, je ne suis informé de rien de tout cela.

Guineematin.com : ça veut dire qu’il y a un manque de communication entre vous les membres des Forces Sociales ?

Chérif Mohamed Abdallah : je ne peux pas dire cela. Tout ce que je peux dire, c’est que je ne suis pas informé de ce qui se passe actuellement sur le terrain.

Guineematin.com : vous dites que vous n’êtes pas informés, mais j’ai envie de savoir est-ce que c’est vous qui ne participez pas aux réunions, est-ce que c’est vous qui avez pris vos distances ou bien vous êtes mis à l’écart contre votre gré ?

Chérif Mohamed Abdallah : je participe à certaines réunions mais pas avec les syndicats. J’ai participé à une seule assemblée générale à laquelle on était convié. Depuis, on n’a plus été appelé ni informé d’une quelconque action avec les syndicats. Le GOHA a travaillé de concert lors des événements de janvier-février 2007. A l’époque, nous avions enregistré 418 cas de pillages de commerces appartenant à des opérateurs économiques. Tous les syndicalistes s’étaient transportés au siège du GOHA qui était à Boussoura (Madina) avec une lettre signée de Hadja Rabiatou Sérah Diallo, alors secrétaire générale de la CNTG et de feu Dr Ibrahima Fofana qui était secrétaire général de l’USTG.

Ils disaient dans cette lettre, qu’ils vont appuyer les opérateurs économiques pour qu’ils soient dédommagés. Mais ça fait 11 ans depuis cette époque jusqu’à maintenant, et aucun syndicaliste n’a réagi pour soutenir les opérateurs économiques victimes de ces pillages.

Guineematin.com : je n’arrive toujours pas à vous comprendre quand vous dites que vous n’êtes informés de rien à l’heure actuelle. Est-ce une crise de confiance entre vous, est-ce une mauvaise organisation, c’est quoi le problème exactement ?

Chérif Mohamed Abdallah : je ne peux pas dire que c’est tel ou tel problème. En tout cas je ne suis pas informé. Pourtant mes téléphones sont toujours ouverts, mais je n’ai pas reçu d’appels, ni de messages encore moins de mails pour m’informer de quoi que ce soit.

Guineematin.com : au regard de cette situation, vous croyez que la lutte en cours pourra porter fruit, que le prix du litre de carburant pourra revenir à 8000 GNF ?

Chérif Mohamed Abdallah : c’est en tout cas notre souhait et je pense que tout le monde va comprendre et se donner la main pour réussir ce combat afin de soulager la population.

Guineematin.com : dans le cadre toujours de cette lutte contre la hausse du prix du carburant, vous dites que les opérateurs économiques, précisément les importateurs, sont victimes d’une injustice au port autonome de Conakry. Ils sont soumis au paiement de la surestarie qui est une taxe liée au retard des navires qui transportent leurs marchandises. Ces navires retardent au port de Conakry en raison de la grève de certains travailleurs du port. Et vous vous indignez contre cette situation.

Chérif Mohamed Abdallah : oui, je veux attirer l’attention des syndicalistes pour leur dire qu’il y a un travail à faire à ce niveau. Parce que les opérateurs économiques continuent de payer les surestaries alors que s’il y a un retard, ce n’est pas de leur faute, c’est parce qu’il y a une grève des travailleurs qu’il y a retard des navires. Donc, les opérateurs économiques ne doivent pas être soumis à payer pour quelque chose dont ils ne sont pas responsables. Ceux qui ont déjà été arnaqués parce que c’est de l’arnaque, doivent être remboursés. Je leur demande de saisir le GOHA, et nous nous allons en discuter avec les Forces Sociales dont nous sommes membres et les syndicats pour voir ce qu’il faut faire dans ce sens.

Guineematin.com : qui doit en principe payer la surestarie ?

Chérif Mohamed Abdallah : si c’est le commerçant qui retarde le navire c’est lui qui doit payer pour ce retard. Mais là c’est une grève des travailleurs qui cause ce retard, donc les commerçants ne doivent pas payer pour cela.

Guineematin.com : on va aborder un dernier sujet qui marque l’actualité nationale, ce sont les propos de Dr Ousmane Kaba, le président du PADES, qui est accusé d’avoir fait des déclarations à caractère ethnocentriste. Quelle est votre position par rapport à cette question qui suscite actuellement du bruit à Conakry ?

Chérif Mohamed Abdallah : je rappelle d’abord que lorsqu’on a parlé de cette affaire d’eau empoisonnée à l’entre deux tours de la présidentielle de 2010 à Conakry, vous vous rappelez des conséquences que cela a entraînées a Siguiri et à Kouroussa où beaucoup de ressortissants de la Moyenne Guinée, notamment des commerçants, ont été attaqués, leurs biens saccagés ou pillés, et ils ont été chassés. La même chose allait se produire à Kankan si les sages de Kankan et Dr Ousmane Kaba n’avaient pas vite agi. Il était sorti personnellement pour sillonner la ville et sensibiliser les citoyens de Kankan et les exhorter à ne pas s’en prendre aux opérateurs économiques et à tous les ressortissants de la Moyenne Guinée qui résident là-bas.

C’est grâce à son action lui et les sages de Kankan qu’on a réussi à éviter une propagation des événements enregistrés à Siguiri et à Kouroussa dans la région. Donc, nous c’est ce travail que nous retenons de Dr Ousmane Kaba. Je n’ai pas écouté les propos dont on parle aujourd’hui mais je pense que monsieur Ousmane Kaba n’est pas ethnocentriste et qu’il ne peut pas dire de telles choses. S’il était ethnocentriste, il n’allait pas agir comme il l’a fait en 2010 en empêchant que les ressortissants de la Moyenne Guinée ne soient attaqués à Kankan. A l’époque, nous avions fait des satisfécits que nous avions adressés à Dr Ousmane Kaba et aux sages de la ville qui ont mené ce combat et nous étions partis les mêmes sensibilisations en Moyenne Guinée pour éviter des représailles.

Entretien réalisé par Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tel. 628124362

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