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Pauvreté en Guinée: Plus de 90% ont manqué d’argent en 2017

Une enquête menée en 2017 et publiée le 8 août dernier par State View International (SVI) révèle que les Guinéens s’appauvrissent davantage. Ce, en dépit des réformes économiques annoncées et la bonne santé macroéconomique du pays. Cette enquête de SVI a mis l’accent sur la gouvernance et les conditions économiques des citoyens guinéens en matière d’approvisionnement en eau potable et en fourniture d’électricité.

Selon Aliou Barry, le directeur de State View International et représentant d’Afrobaromètre en Guinée, « les résultats de l’enquête portaient sur les conditions de vie des ménages où nous avons montré que 2/3 des Guinéens qualifient leurs conditions de vie de mauvaises ou de très mauvaises ».

Poursuivant, il dira que « la pauvreté s’est accrue beaucoup plus en milieu rural qu’en milieu urbain. Même s’il y a aussi une paupérisation en milieu urbain. C’est vrai que la majorité des pauvres sont en milieu rural. Mais, il y a également beaucoup de gens qui habitent les grandes agglomérations urbaines ou péri-urbaines qui deviennent de plus en plus pauvres ».

Le contrastes, révèle M. Barry, est que l’élite est en train de s’enrichir au détriment de la majorité des Guinéens. « Vous avez l’élite. Les gens sont en train de s’enrichir et deviennent de jour en jour plus riches. Il y a le fossé qui se crée ».

Au-delà de cette richesse inégalée, l’enquête de SVI note qu’il y a le « fossé générationnel qui se crée » car, « vous avez les jeunes qui sont au chômage qui n’arrivent pas à trouver de l’emploi. Des fonctionnaires qui ont plus d’une quarantaine de vie active et qui ont tout à leur disposition. On peut dire qu’il y a un conflit entre la jeune et l’ancienne génération ».

Parmi les couches sociales les plus touchées par le phénomène de pauvreté, il y a « les femmes, les jeunes et les enfants », note l’enquête. Et cette pauvreté, c’est la pauvreté « vécue » puisque l’enquête s’est portée sur  combien de fois, les Guinéens ont manqué d’argent, de nourriture, de soins de santé, de l’eau potable, de combustibles en milieu rural, de bois ou de charbons de bois ».

C’est pourquoi, explique Aliou Barry, « partant de ces critères-là, ce qu’on a constaté c’est que le manque d’argent a touché 96% de Guinéens au moins une fois dans l’année. Quant à la fourniture d’électricité, 70% des ménages ne sont pas raccordés au réseau électrique ».

Avec tout ces problèmes, « l’indice de pauvreté qui était [antérieurement] de 55%, aujourd’hui,  2/3 des Guinéens décrivent leurs conditions de vie très mauvaises ».

Sur les causes de la pauvreté en Guinée, SVI met en cause la gouvernance « même si « au niveau macroéconomique, la plupart des indicateurs sont au vert indiquant que notre pays s’en sort » et « la rétribution de tout ce qui est engrangé à travers les résultats macroéconomiques. Il y a le ressenti du citoyen lambda qui ne bénéficie pas des retombées de toutes les réformes ».

Si la Guinée veut émerger, conseille Aliou Barry, il faudra qu’elle transforme ses produits sur place. Et cela n’est possible que s’il y a l’électricité. « Nous ne pouvons pas avoir un véritable essor économique, sans industrialisation qui est impossible sans électricité. Nous serons condamnés à rester des consommateurs mais pas à être des producteurs », déplore-t-il. Même si d’après l’enquête, plus de la moitié des Guinéens (52%) n’ont pas d’espoir que les conditions de vie vont changer de sitôt, Aliou Barry, lui, parle le contraire.

Cependant, pour changer la donne, la Guinée a besoin « d’un leadership fort »  et « de [se] remettre en question en travaillant. [Or], aucun Guinéen ne veut aller vers le paysannat pourtant les 2/3 y travaillent ».

Interrogé sur la capacité du gouvernement à pouvoir lutter contre la corruption qui gangrène le pays, l’acteur de la gouvernance espère que « on peut lutter contre le phénomène. Mais les 600 milliards dont parle le Premier, Kassory Fofana, je suis sûr qu’on n’est pas à ce niveau aujourd’hui. Nous-mêmes à SVI on parlait de 500 milliards en 2003 -2004. Le problème dans la lutte contre la corruption, c’est le problème de volonté politique soutenue. On ne peut pas lutter contre la corruption quand la volonté politique n’y est pas. C’est ce que nous acteurs de la gouvernance, saluons, chez le Premier ministre. Le fait de montrer sa volonté de lutter contre la corruption est un bon point de départ. Ce que l’on déplore aujourd’hui, c’est que la Guinée fonctionne sur la base d’une certaine stratification. Il suffit que l’on soit de telle ou telle ethnie pour qu’on dise que vous avez pris de l’argent quelque part pour que l’ethnie se lève pour défendre son fils. Quand on réagit comme ça, on affaiblit le gouvernement. Il faut laisser la justice faire son travail jusqu’au bout. C’est ça la lutte contre la corruption. Si on ne sanctionne pas, personne ne va arrêter de voler

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