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Chronique-fiction : Premier dialogue imaginaire entre Abdoulaye Bah, général Conté et Jean-Marie Doré (Hommage)

Pour honorer la mémoire de notre frère Abdoulaye Bah (AB), j’ai décidé d’imaginer un dialogue d’outre-tombe entre lui en tant qu’ancien journaliste, le général Lansana Conté (GCL), ancien président de la République et M. Jean-Marie Doré (JMD), ancien Premier ministre. Ce faisant, je me suis inspiré des dialogues imaginaires qu’il avait l’habitude de réaliser pour le bonheur des nombreux lecteurs de part le monde entier.

Cependant, il est important de préciser que les interventions des personnes citées dans ce dialogue qui suit ne sont que le fruit d’une pure imagination. Donc, les propos qu’elles tiennent ne les engagent aucunement. Ils n’engagent que leur seul auteur. La scène étant simplement imaginaire, il n’est nullement question pour nous d’incriminer qui que ce soit dans ce dialogue ci-dessous. Notre objectif principal vise à susciter des doutes, des interrogations sur la mort accidentelle de notre frère.

Loin de moi toute prétention de rivaliser l’immense talent du journaliste que fut Abdoulaye Bah avec la forte et inépuisable dose d’humour qui a toujours caractérisé ses œuvres. Je ne peux certes faire comme Abdoulaye Bah dans ses oeuvres, mais je m’y essaie… C’est juste ma façon à moi de lui rendre un hommage exceptionnel pour tout ce qu’il fut et fit pour ses lecteurs que nous avons été durant ces dernières années. Ceci dit, je vous propose à présent de suivre le déroulé de ce dialogue à trois entre feux général Lansana Conté, Jean-Marie Doré et Abdoulaye Bah.

Abdoulaye Bah: Bonjour mes chers compatriotes !

Général Lansana Conté: Bonjour très cher compatriote. Bien que ta plume fût sévère avec moi, il m’est agréable de te souhaiter la bienvenue.

Jean-Marie Doré: Je partage entièrement ces remarques bien avisées du général président. Je te souhaite également la bienvenue, mon frère.

Abdoulaye Bah : Je vous remercie tous les deux pour la qualité de l’accueil ainsi que pour les amabilités qui l’accompagnent. Je ne croyais pas que vous êtes aussi gentils et disponibles.

Jean-Marie Doré : c’est vrai, tu sais Abdoulaye le pouvoir isole l’homme, dit-on souvent. Mais ne t’inquiète pas du tout, les Guinéens sont très solidaires entre eux ici. Les susceptibilités humaines n’existent pas entre nous.

Général Lansana Conté : Je suis complètement en accord avec mon ancien adversaire. L’injustice et l’inimitié n’existent pas du tout ici. À titre d’exemple, je rencontre assez régulièrement mes anciens adversaires : le doyen Bâ Mamadou et Siradiou Diallo qui, par ailleurs, te saluent tous.

Abdoulaye Bah: Ravi de vous entendre. Vous me rassurez tous les deux. Car là où j’ai quitté, la solidarité manque beaucoup entre Guinéens. Le vivre-ensemble est semblable à ce que disaient certains auteurs, « un jeu à somme nulle voire à somme négative : si tu gagnes, je perds ». Bref, pour vous faire un portrait rapide de la sociologie guinéenne : «une société de défiance, une société frileuse où la vie en communauté se résume en ces termes : gagnant-perdant ».

Général Lansana Conté: Ah bon ! Pourtant, pour éviter l’assise ethnique et communautaire des partis politiques actuels, j’avais suggéré leur autolimitation. Malheureusement, mon ambition a pris des belles rides. Mon esprit et ma méthode n’ont pas été soutenus par mes adversaires, y compris M. Doré ici présent.

Jean-Marie Doré : Refuser de reconnaître cette approche qui, dès le départ, est une erreur manifeste. Sur le fond, mes remarques recoupent celles de mon général. Mais les problèmes de la Guinée sont plus compliqués et plus graves que la vie et la réalité des partis politiques actuels.

Abdoulaye Bah : Ne me dites pas que les difficultés guinéennes sont plus profondes que la crise politique actuelle. Depuis février dernier, des maires sont élus mais… Le contentieux électoral est, depuis, entre la filiation directe du président et son ministre de la Justice.

Réciproquement, l’opposition guinéenne organise des manifestations politiques et pacifiques aujourd’hui, elle signe le lendemain des accords en forme simplifiée lesquels sont dépourvus de toute contrainte.

Jean-Marie Doré: Je partage l’ensemble de tes remarques. Les Guinéens vivent entre l’humeur d’un président en quête d’une virginité éternelle et d’une opposition sans union des cœurs. Assez souvent, le mariage entre les opposants se fait selon les intérêts en présence. Certains opposants comme moi, en fin de carrière, ont peur de mourir sans portefeuille.

Général Lansana Conté : Vous n’avez rien compris, la situation guinéenne est plus compliquée que le primat de ces élections. J’ai dirigé la Guinée pendant 24 ans, je sais avec quelle autorité mon pays. Il y a des dossiers et des archives secrets, non déclassifiés qui empêchent le pays de décoller. Il suffit que tu sois un bon comptable public pour qu’on te fasse un procès ou qu’on te cherche des querelles mortelles.

Abdoulaye Bah : Allez droit au but, mon général, ne me dites pas que ma vie était en danger comme celle de Mme Boiro. Ma vie durant, j’ai toujours lutté pour donner aux Guinéens la plus juste des informations. Dans ma mission, j’avais juste en tête cette belle phrase de mon frère Norbert Zongo : « L’âge d’un homme digne de ce nom ne devrait pas se calculer en années, mais en services rendus à la nation.»

Jean-Marie Doré: Je n’ai pas de faiblesse à partager tes aspirations. Mais, à mon humble avis, tu as oublié la première citation de ton confrère journaliste burkinabè: «la vie est courte, la vie des héros est encore plus courte ». C’est pour simplement te dire qu’à ce stade, il est difficile de déterminer la nature de ton accident.

Général Lansana Conté : L’autopsie n’apporte pas plus de précisions. Ton accident peut être un fait banal, inattendu comme tous les autres accidents de la circulation. Il peut aussi être lié à une affaire d’État classée comme toutes les affaires d’État fréquentes en Guinée. En tant que militaire, le bénéfice du doute doit prévaloir sur les causes de ta mort. On nous a toujours dit dans l’armée, que dans l’ombre il peut y avoir des loups cachés.

Abdoulaye Bah: Vous voulez me dire que le choix de l’heure pour le curage des caniveaux était moins justifié ?

Jean-Marie Doré: Il suffit que tu te poses des questions pour comprendre que le choix opéré n’était pas forcément le meilleur. Pourquoi sortir à 3 heures du matin pour curer les caniveaux dans un pays en panne d’électricité. Autant la formule du nouveau gouvernement rencontre l’adhésion de la population guinéenne. Autant le sens et la portée de la mission de nos ministres éponymes demeurent, comme la mort, énigmatiques. Je pense que toutes les forces de l’expression ne sont pas épuisées dans cette affaire. Que ton accident, somme toute, reste incompris par la majorité des Guinéens.

Général Lansana Conté: J’en conviens parfaitement avec mon ancien adversaire, on peut réellement se demander, au-delà du caractère novateur de l’assainissement de la ville, si cette mission s’accompagne d’un motif clair et précis. Est-ce que les organisateurs de ce curage n’étaient pas, eux aussi, en état d’ébriété comme le chauffeur qui t’a fauché la vie ?

Abdoulaye Bah: Je ne pensais pas qu’ils étaient de mauvaise foi, ils m’aiment tellement qu’ils m’ont dit de rester pour prendre même les dernières images. Plus gentil encore, le Président est venu à mon chevet à l’hôpital, il s’est même opposé à mon évacuation afin qu’on puisse mieux s’occuper de moi en Guinée. Il a promis des sanctions sévères contre la personne qui m’a fauché la vie.

Jean-Marie Doré : Attention mon frère, méfie-toi d’un Président qui se montre si gentil. On se connaît tous dans ce pays. Rappelles-toi bien, il avait promis les mêmes sanctions contre le présumé assassin du sage du Fouta. Et pourtant, rien n’a été, au lieu de clarifier la situation, « le filtre s’est transformé en bouchon », la perfection est de Jean-Louis Debré.

Général Lansana Conté: N’oublie pas mon frère qu’on tue facilement en Guinée pour des faits d’ascension ou de corruption. La vie n’a pas de sens devant les intérêts de certaines personnes. Je n’ai plus de commentaires, sinon de vous dire d’arrêter les vieilles recettes et d’exiger des enquêtes afin d’établir toute la vérité sur cette affaire.

Il est moralement inconcevable, logiquement inadmissible et religieusement inacceptable qu’on insinue de simples sentiments dans la vie des Guinéens.

En attendant l’aurore de ton créateur et la vérité dans cette affaire, repose en paix, mon cher frère ! Sous les hommages appuyés de la nation guinéenne toute entière, repose en paix sur la terre de tes ancêtres !

Abdoulaye Sow, Doctorant en droit international, européen et comparé à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Attaché temporaire d’enseignement et de recherche dans la même Université.

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