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LE BILLET DE LA SEMAINE

Les passations de service : révélatrices des tares de notre administration publique

Nombreux sont ceux qui ont été choqués par le folklore et la présence assez bruyante du public lors des différentes passations de service des nouveaux ministres. J’en fais partie. Rappelons que ces cérémonies de passation de service sont d’abord et avant tout d’ordre administratif. Si la présence de quelques proches et parents est parfaitement compréhensible, celle d’une partie non négligeable de l’assistance est injustifiée. Certains esprits malins et retors brandiront toujours l’excuse de la culture africaine, pleine de chaleur humaine, pour expliquer toute cette ambiance. La promotion d’un frère, d’un cousin ou d’un ami (ou d’une sœur, cousine ou amie) se fête. On doit s’en féliciter et mieux prouver absolument sa bonne foi au nouvel (ou à la nouvelle) « élu (e)» en l’appelant promptement, en lui rendant visite à domicile, sous peine, d’être soupçonné de jalousie ou d’aigreur. Ne soyons pas naïfs, par-delà cette saine solidarité, les manifestations de loyauté assez nettes d’une partie des personnes sont porteuses de visée « utilitariste ». On projette sur cette nouvelle nomination, d’éventuels bénéfices (promotion, argent, biens matériels…) de la part du nouveau ministre. Ceci dit, on comprend mieux pourquoi chacun doit être présent dans ces endroits-là. Ils deviennent the place to be (là où l’on doit être). Toutes les occasions sont bonnes pour montrer qui sa proximité, qui sa loyauté…

 

En réalité, à y voir de très peu, cette situation est le symptôme d’un mal plus profond qui ronge notre administration, fût-elle la plus haute du pays : la très grande porosité entre l’administration et le public. Le lien dont je parle n’a rien à voir avec le service public qui est une activité destinée à satisfaire un besoin d’intérêt général. En revanche, il s’agit d’une fâcheuse habitude en Guinée où les couloirs, les salles d’attente et les bureaux des services administratifs sont pris d’assaut par des personnes qui n’ont a priori rien n’à faire là. Cette présence quotidienne de personnes inopportunes nuit à l’efficacité du travail des agents publics. Si tant est que celui-ci soit optimal. Admettons tout de même que les torts sont partagés entre les visiteurs et leurs hôtes.

 

Notre administration n’a pas de besoins d’écueils supplémentaires tant elle a besoin de réformes profondes. Le travail de contrôle et d’assainissement du fichier de la fonction publique via la biométrie est louable. Il doit être suivi d’une généralisation des sessions de formation et de remise à niveau des fonctionnaires et d’une redéfinition des tâches à leur affecter. Faute de quoi, l’Etat continuera à payer gracieusement des agents qui arrivent à leurs lieux de service, quand ils arrivent, dans leur immense majorité, entre 9h-11h et repartent avant 15h30. Les défis dans notre pays sont si gigantesques que le travail de restauration d’un service public digne est une nécessité impérieuse si l’on veut relever le défi du développement du pays.

 

                                                                                  Sayon Dambélé, dambelesayon@yahoo.fr

 

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