Le féminisme guinéen à l’heure des réseaux sociaux

Depuis la nomination du nouveau gouvernement dirigé par M. Ibrahima Kassory Fofana, une chose saute aux yeux : la sous-représentation des femmes. On ne compte que quatre femmes sur trente-trois ministres, soit 12%. Cette situation a provoqué l’ire de beaucoup de citoyens qui reprochent au chef de l’Etat et à son Premier Ministre un machisme assumé. C’est dans cette logique d’indignation qu’a fleuri sur les réseaux sociaux le hashtag ≠PasSansEllesGN, une sorte de mouvement virtuel qui coalise, tous sexes confondus, tous ceux qui dénoncent la structure assez masculine de l’exécutif.

Plusieurs choses sont à dire sur ce mouvement. D’abord, c’est rafraîchissant de voir émerger une conscience citoyenne en Guinée pour revendiquer une cause aussi légitime. La nouveauté, c’est que ce combat a pris naissance et s’est structuré sur Internet en particulier le réseau social Facebook. La viralisation et la propagation de ce slogan ainsi que les débats qui en résultent montrent à quelle enseigne l’on a changé d’époque. Et c’est ce serait une erreur de minimiser cette transformation. Toutes les expressions de mépris vis-à-vis de ce mouvement – le taxant de vouloir importer un féminisme frelaté à la sauce guinéenne ou encore en le qualifiant de tempête dans un verre d’eau – manquent d’élégance morale et mésestiment cette lame de fond de l’émancipation des femmes à laquelle notre société patriarcale aura du mal à résister.

Ensuite, le mouvement ≠PasSansEllesGN, par ailleurs soutenu par beaucoup d’hommes, même s’il est porté par un petit milieu constitué de citadines éduquées, a déjà fait son effet dans les hautes sphères de l’Etat. A tel point que le Chef de l’Etat, M. Alpha Condé, dans un élan de contrition, à présenter ses excuses aux femmes et leur a promis une bien meilleure représentativité dans la haute administration lors des prochaines nominations. « J’y veillerais » a-t-il affirmé sous les yeux du Premier Ministre. Cette promesse sera-t-elle tenue ? Ça c’est une autre question…

Enfin, cette prise de conscience des femmes est salutaire car elle va au-delà de la question des élites féminines. Elle replace au centre du débat la condition des femmes dans un pays comme le nôtre qui baigne dans une culture patriarcale encore trop forte. Il est urgent que l’étau se desserre et que soient encouragées et amplifiées toutes les politiques de promotion féminine.

Pour ce faire, il serait intéressant dans cette lutte, de ne pas nécessairement s’aligner sur les standards occidentaux du féminisme qui, dans certains de ses aspects, pourraient heurter la société guinéenne. Il faudrait s’employer à adapter intelligemment ce mouvement de revendication au contexte local en ne perdant pas de vue le seul objectif qui vaille : l’émancipation des femmes et leur épanouissement total dans la société.

                                                                                   Sayon Dambélé, dambelesayon@yahoo.fr

 

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