Francophonie et Françafrique

Paul Kagame n’était pas à Dakar en 2014 sans motif pour le dernier sommet de la Francophonie, le Centre culturel français à Kigali a été mis à terre,  la langue française n’y est plus en odeur de sainteté, que faut-t-il de plus encore pour conclure que le Rwanda ne fait plus partie de la Francophonie depuis un certain temps ?

En ajoutant que le principal parti d’opposition est en exile et que les libertés démocratiques sont sujettes à caution après le génocide, dont les plaies ne sont pas complètement cicatrisées, on ne voit pas comment cautionner ainsi la candidature de Louise Washikiwabo sans être en porte-à-faux avec les fondements de la Francophonie, dût-elle siffler comme un rossignole dans la langue de Molière. Faut-il invoquer et évoquer que le français est l’instrument qui sert à promouvoir les principes de la démocratie ?

Vu les relations privilégiées entre Alpha Condé, bien introduit en France, et Paul Kagame, on avait supputé qu’il serait un vecteur dans la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays pour une première approche indispensable à un retour avant ce soutien affiché de Emmanuel Macron de la candidature Rwandaise à la tête de la Francophonie, mais non, le président français a préféré bruler les étapes, sans penser à la suite.

Oui à la Françafrique quand elle est au service des dirigeants et pas des peuples ?

Cette question se pose-t-elle, puisqu’on n’a entendu aucun pays africain s’opposer à ce choix de Emmanuel Macron, du moins à cette proposition lancée en ballon d’essai ? Peut-être qu’un soutien n’est pas forcément un choix déterminant, encore moins une imposition, le cas contraire, la Françafrique est de retour. Michael Jean a été préférée par François Hollande à une autre candidature africaine, d’un Burundais, nous semble-t-il, alors que des pays du continent soutenaient déjà Pierre Buyoya, pas tous, bien sûr, à cause de son rôle dans cet autre génocide au Burundi. Dommage que certains ne se rappellent pas qu’il y avait une candidature africaine….

Si François Hollande avait une raison de préférer Michael Jean à Pierre Buyoya, en dépit des cris des supporters de Buyoya qui criaient à la Françafrique, l’ascendant de Kagame sur ses pairs n’a fait piper presque pas grand monde dans les milieux politiques du continent, hormis les observateurs, les jeunes et les gens des Sociétés civiles. C’est à se demander si les politiques Africains, eux-mêmes, ne ferment pas les yeux et ne cautionnent pas la Françafrique, pour peu qu’elle les arrange.

La candidature rwandaise est prématurée ou précipitée. Au prochain mandat, peut-être, quand tout serait rentré dans l’ordre. En tout cas, le tollé va crescendo. Emmanuel Macron va-t-il rectifier le tir en changeant le fusil d’épaule ? Toute la question est là. Ceux qui soutiennent la candidature de Louise Washikiwabo ne voient et ne redoutent pas qu’elle risque d’être vue comme un cheveu dans la soupe ? Le Rwanda aussi n’a pas de crainte des chuchotements dans son dos ?

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