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Débats autour d’un 3ème mandat : les conseils de Me. Guy Hervé Kam du Balai citoyen à Alpha Condé (entretien exclusif)

«ALPHA CONDÉ NOUS A FAIT RÊVER EN TANT QUE OPPOSANT… NOUS NE SOUHAITONS PAS LE VOIR À LA FIN DE SA CARRIÈRE POLITIQUE COMME LE FUT BLAISE COMPAORÉ…»

En séjour de travail  à Conakry dans le cadre du forum organisé par la société civile sur la gouvernance en Guinée, le porte-parole du Balai Citoyen du Burkina Faso, Me. Guy Hervé Kam ne ménage point son agenda et fait l’objet de toutes les sollicitations. Entre rencontres avec les acteurs de la société civile guinéenne et  l’animation des conférences-débats en vue d’un échange d’expériences, l’activiste burkinabè ne manque aucune occasion pour s’imprégner des réalités et enjeux actuels de la société civile guinéenne.

À l’instar du Burkina Faso où la société civile a été le moteur de la mobilisation contre le projet de modification constitutionnelle de Blaise Compaoré, les organisations de la société civile guinéenne, en partenariat  avec le Balai Citoyen et grâce à l’appui  de l’Union Européenne, ont entrepris de renforcer leur  capacité organisationnelle.

En dépit de son agenda hyper serré, le fer de lance de l’insurrection qui a chassé Blaise Compaoré du palais Kosyam, Me Guy Hervé Kam s’est prêté aux questions de Guinéenews. Dans cette entrevue exclusive, l’avocat et ancien Secrétaire général du syndicat burkinabè des magistrats  donne son avis sur la situation sociopolitique guinéenne, les défis qui interpellent la société civile sans oublier l’épineuse question relative à une éventuelle modification de la constitution qui ouvrirait la voie à un troisième mandat à Alpha Condé. Lisez plutôt !

Guinéenews: vue de l’extérieur, quel regard portez-vous sur la Guinée aujourd’hui?

Me Guy Hervé Kam : écoutez, on suit l’actualité de la Guinée avec tout ce que cela peut comporter comme charges. Nous avons vécu en 2010 comment Alpha Condé est arrivé au pouvoir et toutes les difficultés qui ont eu lieux avant de mettre en place les institutions de la République. On suit aussi avec intérêt la fin du mandat d’Alpha Condé qui est caractérisée par deux faits  majeurs.

-Beaucoup de Guinéens, en tout cas d’après les échanges que nous avons eus, s’inquiètent du fait que le président Condé soit tenté par un troisième mandat. Ce qui serait totalement contraire aux dispositions constitutionnelles. 

  • Le deuxième élément, c’est qu’il y a des événements à charge du point de vue de la qualité de la gouvernance qui ne sont pas de nature à rassurer. Beaucoup de Guinéens considèrent, par exemple, que dans l’affaire Bolloré, s’il y a un corrupteur, c’est qu’il y a des corrompus. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi au niveau de la Guinée, la justice ne s’intéresse pas à son tour à cette affaire. Mais d’après les informations de l’extérieur que nous regardons, c’est que dans ce pays malheureusement, il n’y a même pas d’institution pour prendre en charge ces affaires dans la mesure où la Haute Cour de Justice ne serait pas encore mise en place. C’est inquiétant, dans la mesure où nous avons toujours considéré que ce qui est plus important pour l’Afrique aujourd’hui, c’est de pouvoir passer un cap. Depuis les années 1990, les africains se battent pour inscrire l’alternance au rang des éléments essentiels de la gouvernance et nous pensons qu’il est temps pour que ces questions soient dépassées pour qu’enfin les débats de l’ensemble des pays d’Afrique concernent désormais le développement. Il est déprimant de voir chaque fois que dans nos pays, les débats qui passionnent, sont des questions de savoir s’il faut ou non modifier la constitution pour permettre à un président en exercice de se représenter. A quand donc allons-nous commencer à mettre au centre de nos discussions,  de nos préoccupations les questions qui intéressent les populations. C’est-à-dire les questions de développement.

Guinéenews : vous avez écouté la société civile guinéenne, pour vous quel doit être le rôle de celle-ci face à ce dilemme que pose la fin de mandat d’Alpha Condé ?

Guy Hervé Kam: le rôle essentiel de la société civile, c’est de créer et de représenter l’opinion publique. Vous savez pour que la démocratie fonctionne bien, il faut toujours un parti qui, au sortir des élections, gouverne le pays. Il faut une opposition crédible. Mais aujourd’hui, en Afrique comme dans tous les autres pays du monde, on est en plein dans une crise de système partisan. Les populations ne font plus confiance aux hommes politiques. D’ailleurs très souvent, les partis politiques sont considérés comme des entreprises au service du chef d’entreprise qu’est le chef de parti. À partir de ce moment, il est important qu’il y ait dans les pays une société civile crédible qui fait le tampon entre d’une part, les populations et les partis politiques  et de l’autre,  entre les partis politiques qui gouvernent et ceux qui sont dans l’opposition. Ce tampon au niveau de la Guinée…, nous avons quand même constaté une certaine organisation, un regain de dynamisme. Nous disons que c’est un bon augure 

Il est essentiel pour les leaders de la société civile guinéenne de savoir que leur force sera la confiance qu’ils auraient méritée auprès de la population guinéenne. Et cela, c’est dans la durée et dans les comportements. Ce que nous avons remarqué, c’est que le train est en marche.

Guinéenews : vous avez été à l’avant-garde contre les velléités révisionnistes  de Blaise Compaoré. Bien qu’Alpha Condé n’ait pas encore officiellement exprimé ses intentions pour un troisième mandat, qu’est-ce la société civile doit faire afin de mettre éventuellement en échec de pareil projet ?

Me. Guy Hervé Kam : d’après ce que j’ai pu constater…, je ne suis même pas d’accord avec vous que les intentions du président ne soient pas encore connues. Lorsque le président répond, c’est le peuple qui va décider à la question de savoir s’il faut changer de constitution… Nous disons que c’est une manifestation claire, en tout cas par expérience,  d’une intention de pouvoir passer par le changement de République. Pourquoi ?

Tout simplement que le peuple guinéen a déjà décidé. La Guinée a déjà une constitution dans laquelle il est inscrit clairement que le président est élu pour un mandat de 5 ans renouvelables une fois. Et d’ailleurs, cette disposition fait partie de celles qui sont intangibles de la constitution guinéenne. À partir de là, sur cette question, dire qu’il appartient à la population guinéenne de décider alors que cette décision ne peut profiter qu’à une seule personne… Pour nous, c’est un signe que le pouvoir en place n’a pas renoncé à la constitution. Parce que si tel était le cas, il aurait été très simple de dire que la constitution guinéenne ne le permet pas. Si on fait une ouverture, c’est qu’on se dit que si les portes ne se ferment pas, eh bien, on va entrer par cette brèche. Et pour nous, c’est plus important que le peuple de Guinée, s’il ne veut pas ce changement, qu’il le fasse savoir. 

Guinéenews: face donc à cette velléité, que doit faire la société civile guinéenne?

Me. Guy Hervé Kam : aujourd’hui, nous pensons tout simplement que, dans la mesure où on a quand même un président qui a une longue histoire d’opposition, de combat, il appartient au peuple guinéen de lui (président Alpha Condé, ndlr) montrer qu’il est aux portes de l’histoire, soit d’y rentrer, soit de faire marche-arrière. Et je ne pense pas que le président Condé, avec tout ce qu’il a comme expériences et à son âge, puisse s’engouffrer dans une voie qui pourrait être sans issue pour lui. Je vais vous dire une chose, c’est que lorsque nous avons discuté avec certaines personnes ici, le sentiment que nous avons pu avoir, c’est que si une telle initiative est mise en marche ici, peut-être, cela peut ne pas marcher. Mais une chose est certaine, c’est que cela va mettre en danger beaucoup de vies humaines, mettre en danger la paix sociale dans ce pays. Et je pense que ces éléments sont suffisants pour conduire en tout cas les politiques guinéens à choisir les bonnes options, c’est-à-dire à garder le statu quo. 

Guinéenews : en tant que Porte-parole du Balai Citoyen du Faso, quel message avez vous à lancer au président Alpha Condé ?

Me. Guy Hervé Kam: je dirai à Alpha Condé qu’il nous a fait rêver en tant qu’opposant, panafricaniste convaincu et que nous ne souhaitons pas le voir à la fin de sa carrière politique comme certains chefs d’Etat dont Abdoulaye Wade ou Blaise Compaoré. Nous souhaitons qu’il puisse justement continuer à être l’exemple qu’il a été  pour la jeunesse africaine. C’est-à-dire le combattant patriote, qu’il pense avant tout à son pays avant sa personne.

Interview réalisée par Bangaly Touré

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