Guinée : Ce qui a manqué dans le discours à la nation d’Alpha Condé.

Le président Alpha Condé s’est adressé hier à la nation pendant environ 13 minutes pour le traditionnel discours de l’an. Sur la forme, les plus rigoristes des Guinéens ont été choqués de voir leur président à la télévision avec une veste, une chemise mais sans cravate. En une occasion aussi solennelle, cela est une faute en matière de protocole vestimentaire, frisant le manque de respect voire la condescendance vis-à-vis du peuple de Guinée…Un beau boubou aurait suffi.

Certes, le président a fait un survol général de ses grands acquis de 2017 notamment l’accord de financement de projets prioritaires de 20 milliards de dollars conclu en septembre 2017 avec la Chine et les promesses de financement du Plan national de développement économique et social (PNDES) de la Guinée à hauteur de 21 milliards de dollars. Toutefois, il n’a pas abordé certains sujets importants sur lesquels il était légitimement attendu par les Guinéens en 2018, année importante marquant le soixantième anniversaire de la création de la Guinée. Voici quelques omissions présidentielles.

Alpha Condé n’a pas pipé mot sur la fin des coupures intempestives d’électricité à Conakry. Alors que la capitale guinéenne baigne dans le noir depuis trois semaines, la compagnie nationale d’électricité a semblé dégager ses responsabilités dans un communiqué publié la semaine dernière, en justifiant les coupures par la baisse du niveau des eaux dans les barrages et les difficultés d’approvisionnement en carburant pour les centrales thermiques. Ce dernier point incombe à l’Etat car la compagnie nationale comble son déficit en période d’étiage par des subventions payées par le gouvernement.

De même, le chef de l’Etat a été muet sur l’organisation du procès du massacre 28 septembre en 2018 dont la phase d’instruction est annoncée pourtant terminée. Dans le même ordre d’idées, si le président Condé a abordé les élections locales, il a été silencieux sur l’organisation des élections législatives qui doivent normalement être organisées en septembre 2018.

Alors que la Guinée est le plus fort contingent de migrants illégaux à débarquer à Lampedusa en 2017, selon l’organisation internationale de la migration, le nombre d’emplois exacts qui sera créé en 2018 n’a pas été dit par Alpha Condé. Ni dans le secteur public, ni dans le secteur privé. A ce sujet, le président s’est contenté de dire que la reconstruction de l’usine militaire de confection de tenues au camp Alpha Yaya créera 1558 emplois. Sans avoir la même précision sur le nombre d’emplois que créeront les trois milliards de dollars des Chinois prévus cette année pour la construction de la route Coyah-Mamou-Dabola, l’assainissement des voiries de Conakry, la construction de la première université sur les quatre prévues. La main d’œuvre chinoise aura-t-elle la part du lion au détriment de la main d’œuvre guinéenne ? Le président ne l’a pas évoqué.

Le président a annoncé dans son discours qu’ « à ce jour, toutes les institutions prévues par la constitution, ont été mises en place ». Pourtant, la haute cour de justice n’existe toujours pas. La nécessité de la création de cette institution, qui est la seule habilitée à juger les ministres et les chefs d’Etat, est de plus en plus impérieuse. En effet, le conseil des ministres du 28 décembre dernier a relevé des fautes de gestion dans certains ministères par la création des comptes bancaires illégaux dans des banques privées. Pour autant, le président n’a pas évoqué l’instrument juridique indispensable pour la sanction.

Simples omissions ou vrais calculs politiques ? Ceux qui attendaient le nouveau visage de la Guinée à l’orée de ses soixante ans d’existence, apprécieront.