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Chronique- fiction : entretien téléphonique imaginaire Alpha Condé- Donald Trump

Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Pour ce présent numéro, nous proposons aux lecteurs l’entretien téléphonique imaginaire que le nouveau président des USA, Donald Trump, en attente de son investiture, a accordé à son homologue Guinéen, Alpha Condé.

Dans cette fiction, les deux présidents évoquent leur élection « surprise » à la tête de leur pays respectifs. Si l’un est opposant historique, l’autre est milliardaire de l’immobilier. Ils ont à peu près des similitudes intrigantes.

 

Téléphoniquement vôtre.

 

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Donald Trump : Donald Trump à l’appareil ! Qui est au bout du fil, s’il vous plaît ? Pour les affaires courantes, veuillez appeler Obama. C’est lui toujours le président.

 

Alpha Condé : enchanté, c’est le professeur Alpha Condé, président de la république de Guinée. Je t’appelle pour te féliciter. L’Afrique est fière de toi. En quatre décennies de lutte politique, je n’ai pas vu ton égal. Pourtant, j’ai lutté contre la dictature militaire. Le premier régime m’a contraint à l’exil. Le deuxième m’a mis en prison.

 

Donald Trump : thanks mister Condé. Guinée ça existe ? De quelle Guinée ? La Guinée Bissau où il y a les coups d’Etat et le trafic de drogue ou la Guinée chez le dictateur Obiang Nguema ?

 

Alpha Condé : ni l’une, ni l’autre. J’appelle de la Guinée-Conakry en Afrique de l’Ouest.

 

Donald Trump : okay, la Guinée d’où est parti Ebola, c’est ça ?

 

Alpha Condé : je pense que vous n’avez pas la bonne information. Ebola est parti du Libéria et de la Sierra Leone. Dans ces deux pays, le virus a trop fait des ravages. En Guinée, dès son apparition, je lui ai déclaré une guerre farouche. Finalement, je l’ai bouté hors des frontières. Pour mieux situer mon pays, c’est la Guinée des Ballets africains.

 

Donald Trump : Yeah ! Yeah ! Les ballets africains de Guinée, c’était la plus prestigieuse troupe de danse au monde. Dis-moi, sont-ils opérationnels ? Tout jeune, j’assistais souvent à leur concert aux USA. Des stars américaines voulaient épouser une des danseuses. Je t’inviterais avec eux à mon investiture.

 

Alpha Condé : merci pour l’invitation. La Guinée est honorée. Mais je t’appelais pour dire que c’est avec un plaisir que j’ai appris ton élection comme président des USA. En cette occasion, je t’adresse au nom de mon peuple et à mon nom personnel, mes sincères félicitations et vœux de plein succès. Par ailleurs, j’espère une coopération plus renforcée entre nos deux pays. Je pense enfin que tu seras une chance pour l’Afrique.

 

Donald Trump : désolé, mister Condé, je ne suis pas content de toi, je te le dis très franchement.

 

Alpha Condé : pourquoi ? C’est quoi mon crime, monsieur le président ? Je vous présente mes sincères excuses d’avance. J’enverrais ma ministre des affaires étrangères pour reparer l’incident diplomatique.

 

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Donald Trump : je t’en veux pour deux raisons. D’une part, la CIA m’a rapporté que tes chercheurs ont annoncé que Michèle Obama serait originaire de Boffa et que, toi aussi, tu rêvais d’être Mandela et Obama. Donc, Mandela étant mort et Obama étant parti, apprêtes-toi à partir à la retraite dès la fin de ton second mandat. Je ne peux pas tolérer que tu vantes Obama, alors que je suis le patron des USA. 

 

Alpha Condé : non, monsieur le président. Ne faites pas cela. Je n’ai pas parachevé mon œuvre. Je dois construire le barrage de Souapiti. Je dois organiser la CAN 2023. Je demande ton soutien. Tu n’as aucun intérêt à me faire partir maintenant. C’est Cellou Dalein Diallo, qui a participé à l’investiture de Hillay Clinton. Moi, j’ai été clair avant ton élection : je ne dors bien qu’après le départ de Wade, Sarkozy et Obama.

 

Donald Trump : voilà qui est bien dit. Je te comprends et prends acte. L’autre grief, tu as retardé tes félicitations. L’égyptien Fattah al-Sissi a été le premier en Afrique à me féliciter. Le burundais Nkurunziza et le Nigérian Buhari se sont aussi fendus d’un tweet amical. Ensuite, l’Ougandais Yuweri Museveni a exprimé sa hâte de travailler avec moi. Toi, tu n’as réagi, ni sur Facebook, ni sur Tweeter.

 

Alpha Condé : non loin de là. Je devais être le premier à le faire mais j’ai été incompris. Après l’annonce de ta victoire, j’ai aussitôt appelé Idriss Deby, président de l’Union africaine, pour que le continent te félicite d’une même voix. Mais quand Deby a consulté nos pairs, la majorité a prôné le silence et l’indifférence, estimant que tu seras un président peu prometteur pour l’Afrique. Sincèrement, j’étais choqué et sidéré.

 

Donald Trump : je ne t’ai jamais connu, Condé, mais tu m’as l’air sincère. Vous gagnerez dans l’unité. J’ai trop de dossiers sur la table et le temps m’est compté.

 

Alpha Condé : je suis le seul africain à soutenir farouchement que ton élection n’est pas une catastrophe pour l’Afrique. Nous devons être indulgents envers toi pour ce premier mandat. Et mieux, je constate que nous avons des destins à peu près similaires.

 

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Donald Trump : mais en quoi nous avons des destins similaires ?

 

Alpha Condé : en prenant, ne serait-ce que la manière dont nous sommes élus, nous deux. En 2010, personne ne s’attendait à ma victoire en Guinée. Au premier tour, j’ai obtenu 18% des voix contre 44% pour mon rival. Malgré cet écart, j’ai remporté le scrutin à la grande surprise générale, alors que le troisième a soutenu mon challenger. Mais il n’y a pas eu report des voix. En France, quand un ministre a prédit ma victoire au second tour, Nicolas Sarkozy lui aurait répondu de prendre la calculette.

 

En Guinée également, après la proclamation des résultats du premier tour, certains proches de mon challenger ont juré de prendre leur retraite anticipée, au cas où je gagnerais.

 

Donald Trump : tout au long d’une campagne inédite et jusqu’à la dernière minute, presque tous les sondages donnaient Hillary Clinton vainqueur du scrutin. Mais c’était mal connaître la politique. Pourtant, tout comme toi, je n’ai jamais géré par le passé. Tout le monde s’est planté. Personnellement, je n’ai jamais douté de ma victoire. J’ai toujours cru en moi. Et l’histoire m’a donné raison.

 

Dans l’art de la guerre, Sun Tzu dit : le bon général gagne la bataille avant de l’engager. La valeur d’un général réside dans sa stratégie et non dans son courage.

 

Alpha Condé : bien dit, tu m’inspires davantage. Je pense que personne ne nous a vus venir. Pourtant, j’avais prévenu tout le monde à travers un poster géant me montrant où j’indexais l’heure de ma montre comme pour dire que ma victoire est imminente.

 

a5Donald Trump : pour te dire jusqu’où les sondages étaient sceptiques, un journal américain a ironisé en disant que les chances qu’Hillary perde l’élection sont équivalentes à la probabilité qu’un joueur du championnat national de football américain manque une transformation à 33 mètres. Ce qui est quasi impossible.

 

Alpha Condé : je pense que nos discours ont été déterminants dans nos victoires respectives.  

 

Donald Trump : tout à fait, pendant toute ma campagne, j’ai exploité la colère d’une partie de l’électorat des États désindustrialisés. La plupart sont des blancs issus de milieux populaires, se sentant oubliés, trahis, inquiets de la mondialisation et du commerce international et craignant pour leur emploi respectif.

 

Alpha Condé : personnellement, j’ai joué à la carte de l’isolement. Après l’empoisonnement au palais et les violences en Haute Guinée, j’ai dit à l’électorat Soussou que si jamais il votait pour mon rival, ses commerçants vont les priver à manger.

 

Et quand également, des bruits ont couru au premier tour que je serais troisième derrière Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, deux anciens premiers ministres qui ont cautionné la dictature militaire. En fin stratège, j’ai convoqué la presse pour dire que je ne pourrais pas contenir mes partisans, en cas de vol. Finalement, j’ai été déclaré deuxième.

 

Donald Trump : en ce qui me concerne également, j’ai menacé de refuser de reconnaitre ma défaite lors du dernier débat télévisé contre la démocrate organisé à Las Vegas. Mme Clinton a riposté en disant que c’était terrifiant et que je dénigrais et rabaissais le niveau de la démocratie aux USA.

 

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Alpha Condé : pour ma part, j’ai tenu des promesses mirobolantes à tout-va, signé des accords d’alliance, parfois les yeux fermés. Par exemple, j’ai promis la primature aux Soussous et à Palpa Koly, le prix du sac du riz à 25 mille francs. J’ai annoncé une tablette par étudiant et la fin des délestages électriques en trois à six mois. J’ai promis les ¾ des postes à Kouyaté. J’ai signé des accords avec les autorités de la transition.

 

Donald Trump : Lors de mon discours à Phoenix, j’ai réitéré mon intention de construire un mur le long de la frontière américaine avec le Mexique. Dans la foulée, j’ai clairement promis de faire de l’Amérique une grande nation à nouveau en rétablissant la dignité que nous avons depuis perdue sous l’ère Obama. Raison de plus pour que je crois toujours que lui et ses frères et sœurs du Kenya devrait être expulsés vers le Kenya pour mettre l’Amérique en sécurité. Dans la foulée, j’ai menacé d’expulser les africains, principalement les Nigérians, et de ficher les ressortissants musulmans. 

 

Alpha Condé : Pendant la campagne électorale, j’ai décidé de rattraper les cinquante ans de retard de la Guinée en cinq ans. J’ai également dit que je serais à la fois Mandela et Trump et que « Guinea is back » ou la Guinée est de retour. J’ai enfin dit que la Guinée appartient aux trois Mandé : « Mandé Tan, Mandé Fou et Mandé Pou ».

 

Donald Trump : waou, en pleine campagne, j’ai menacé d’envoyer Hillary Clinton en prison. « Si je gagne, je vais donner l’ordre à mon ministre de la Justice de nommer un procureur spécial pour faire la lumière sur sa situation, parce qu’il n’y a jamais eu autant de mensonges, autant de choses cachées », dis-je.

 

Alpha Condé : exactement, moi aussi, en 2010, j’ai menacé de publier les audits, de trimbaler tous les anciens PM prédateurs en prison et de récupérer les maisons de l’Etat.

 

Donald Trump : sauf qu’au moment où je m’apprêtais à savourer ma victoire, je suis confronté aux manifestations hostiles dans la plupart des grandes villes américaines. Les défilés ont concerné tout le pays, même s’ils étaient parfois pacifiques.

 

a1Alpha Condé : tu parles, moi en Guinée, en 2010 comme en 2015, mes partisans n’ont jamais fêté ma victoire. Pourtant, la dernière fois, j’ai gagné dès le premier tour. Depuis mon avènement au pouvoir, la police se heurte souvent à la résistance des jeunes de l’axe Hamdallaye- Bambéto- Enco 5. Armés de pierre, ils n’ont pas peur des balles.

 

Donald Trump : après ma victoire, j’ai annoncé mon intention de renoncer à mes 400 000 dollars annuels, conformément à ma promesse de campagne pensant que ce geste pourrait apaiser les tensions, mais les manifs vont crescendo.

 

Alpha Condé : personnellement, j’ai réduit mon salaire mensuel à 1 696 euros en 2015, soit environ 16 millions GNF contre 19 765 euros pour le Sud-Africain Jacob Zuma, le mieux payé en Afrique, alors qu’un député guinéen touche 15 millions par mois.

 

Donald Trump : bye, je te laisse, je suis en train de composer mon cabinet. Je t’attends à ma cérémonie d’investiture le 20 janvier avec les Ballets africains de Guinée.

 

Alpha Condé : merci beaucoup pour l’invitation, je te souhaite bonne chance

 

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des ennuis judiciaires.